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Séquence 4

45 EXT. JARDIN JAPONAIS - JOUR 45
Eden, 30 ans, est assise sur un banc de pierre au centre d’un
jardin japonais recouvert de neige. Les yeux fermés, ignorant
le froid, elle se concentre pour écouter tout autour d’elle.
Un vent léger passe dans les branches d’un hêtre pourpre,
faisant doucement tomber la neige qui recouvre ses feuilles
sur le miroir gelé d’une petite pièce d’eau.
Eden sourit doucement.
Sous la glace, deux carpes koï tournent entre les algues. Le
son du remous de leur ronde est amplifié.
Eden continue de se concentrer, comme si le bruit la faisait
passer d’un endroit à l’autre du jardin.
De l’autre côté du bassin, une source chaude surgit en une
cascade dont l’eau court et fume entre de gros galets gris.
Attirés par la chaleur, une demi douzaine d’oiseaux
multicolores vole en stationnement dans un froufrou d’ailes.
CRISSEMENTS DE PAS DANS LA NEIGE (OFF)
Eden semble plus triste, plus nostalgique, mais elle se
concentre sur le son des pas qui se rapprochent. Elle soulève
sa main comme si quelqu’un allait venir la lui serrer.
La silhouette d’Assane approche derrière elle. Eden est sur
le point de pleurer. Elle se tourne vers Assane qui
contrairement à elle n’a pas vieilli.
46 INT. CELLULE CRÉATION VIRTUELLE - JOUR 46
Eden est assise parmi une vingtaine de personnes toutes
vêtues d’une combinaison grise faite d’un matériau lisse et
souple qu’on devine isolant. Ils ont le visage dissimulé par
une sorte de casque de réalité virtuelle. La pièce est
blanche et vide, sans fenêtre.
Eden enlève son casque et transfère les données qu’elle vient
de fabriquer vers sa montre connectée avant de sortir.
47 EXT. VILLE CÔTIÈRE - JOUR 47
Eden marche sur une des passerelles qui permettent de
traverser au sec une ancienne cité balnéaire gagnée par la
mer. La plupart des bâtiments sont partiellement immergés et
désaffectés.
Les rues transformées en canaux accueillent des cultures
d’algues qui attirent une multitude d’oiseaux dont certains
se font piéger par de grands filets.
Quelques citoyens en combinaison grise travaillent dans
l’eau, poussant des radeaux pour récolter les algues ou
entretenir les canaux.
D’autres, depuis les passerelles, manient de longues perches
pour récupérer les oiseaux piégés dans les filets. Ils en
relâchent une partie, achèvent les autres avant de les
glisser dans la hotte qu’ils portent sur le dos.
L’atmosphère est lourde d’humidité et l’horizon plombé.
Eden arrive devant un bâtiment récent construit sur pilotis.
48 INT. HÔPITAL - JOUR 48
Eden traverse la grande salle d’accueil et de repos où une
centaine de personnes reçoit des soins et de la nourriture.
Sur les murs sont projetés sans distinction des fragments de
reportages venus du monde entier : des séquences très courtes
de destruction ou d’exactions mais aussi des images d’une
nature qu’on imagine disparue, des conseils de santé, des
cérémonies d’allure religieuse... Le reflet d’un monde scindé
entre chaos et totalitarismes.
Eden avance jusqu’à l’entrée d’un service isolé par un sas,
elle regarde la caméra de reconnaissance faciale. Les portes
du service de pédiatrie s’ouvrent.
49 INT. GARDERIE DES ENFANTS BULLES - JOUR 49
Eden approche d’une grande vitre derrière laquelle une
vingtaine d’enfants pâles jouent ou étudient. Elle frappe
doucement sur la vitre pour attirer l’attention d’un enfant
métis recroquevillé sur un tapis.
L’enfant sort de sa sieste et tourne son visage souriant vers
elle. Joshua ne fait pas ses dix ans. Son regard est
totalement opaque, comme brûlé.
Eden continue de tapoter sur la vitre la même séquence
rythmique. Ravi, il vient se mettre en face d’elle et glisse
sa tête dans un petit casque posé près de la paroi.
EDEN
(connectant ses oreillettes)
Ça va mon poussin ?
Il acquiesce, ravi, il ne parle pas.
EDEN
Je t’ai apporté quelque chose...
Elle transfère le fichier de réalité virtuelle vers Joshua.
EDEN
Ça c’est l’hiver, Joshua. Et là,
c’est ton papa...
